La neuroimagerie en 6 questions - Partie 2
3. Que se produirait-il si j’étais stressé.e durant la passation de l’IRM?
Environ 30 % des patients vivraient une certaine appréhension due à l’environnement de l’IRM, et entre 5 et 10 % feraient l’expérience de panique sévère ou de claustrophobie causée par l’IRM (Meléndez et McCrank, 1993). Considérant ces taux, il serait judicieux de comprendre ce qui rend cette expérience anxiogène et comment ce stress se traduit en imagerie cérébrale.
Réactions de stress face à l’IRM
Plusieurs études ont comme sujet l’observation des régions impliquées dans des tâches qui induisent un stress. Néanmoins, la seule passation de l’IRM peut être suffisante pour déclencher une réaction de stress, que ce soit dû au bruit assourdissant, à l’étroitesse de la machine ou l’impossibilité de voir à l’extérieur (Nieto et al., 2025). En effet, le « peak » de stress vécu se produirait tout juste après être entré dans l’IRM avec une augmentation d’alpha-amylase, mais ce stress se stabiliserait durant l’examen IRM (Muehlhan et al., 2011). Le taux de cortisol connaitrait une diminution entre la période avant la passation de l’examen IRM et après, ce qui suggère que le stress serait attribuable à l’anticipation de l’examen, plutôt qu’à l’examen lui-même (Madl et al., 2022) !
Données IRM de personnes ayant vécu un stress durant l’examen
Lueken et al. (2011) se sont penché sur l’expérience de patients avec un trouble panique et agoraphobie. Les chercheurs n’ont pas retrouvé un plus haut taux d’abandon de l’examen IRM chez ces patients en comparaison avec un groupe sans trouble panique et agoraphobie. Toutefois, l’une des différences observées entre les groupes est que les patients avec un trouble panique et agoraphobie présentaient des données d’imagerie de moins bonne qualité que l’autre groupe, puisque ceux-ci auraient tendance à bouger plus durant l’examen. La nervosité et ses mouvements associés étaient davantage présents dès le début du scan.
Stress et structures cérébrales
Lorsque soumis à des stresseurs, il est commun d’observer une activation de différentes régions du cerveau telles que l’amygdale, l’hypothalamus et le cortex préfrontal. Le niveau d’activation est aussi dépendant de facteurs individuels comme l’âge ou encore l’historique de stress, qui a été abordé dans la première publication du blog du CPPQ. Une étude de Choi et Choi (2024) a soulevé que dans une comparaison entre deux groupes, l’un présentant un niveau modéré de stress et l’autre présentant un niveau élevé de stress, le groupe de stress élevé présentait une activation accrue du gyrus parahippocampal durant une tâche stressante par rapport à l’autre groupe. Cette région, dont le nom est trop long pour être joué au Scrabble, fait partie d’un circuit plus large se reliant à l’amygdale, à l’hippocampe et au cortex préfrontal. Son activation accrue pourrait refléter une réponse émotionnelle plus forte au stress.
Toutefois, l’aspect particulièrement intéressant de cette étude est l’activation plus importante de régions impliquées dans la régulation émotionnelle et le contrôle cognitif chez le groupe de stress élevé, et ce, après la tâche stressante. Cela suggère que les participants de ce groupe nécessitaient la mobilisation de plus de ressources cognitives pour revenir à un état « de base », sans stress.
Lexique
Alpha-amylase : Enzyme utilisée comme biomarqueur de stress.
Cortisol : Hormone utilisée comme biomarqueur de stress.
Amygdale : Structure cérébrale faisant partie du système limbique impliquée dans la régulation d’émotions comme l’anxiété et la peur.
Hypothalamus : Structure cérébrale contribuant aux fonctions d’appétit et de température corporelle en plus de la régulation de la réponse au stress.
Cortex préfrontal : Région cérébrale responsable de processus comme l’attention, l’inhibition et la régulation émotionnelle.
Gyrus parahippocampal : Région cérébrale impliquée dans des processus mnémoniques, visuospatiaux et émotionnels.
Hippocampe : Structure cérébrale faisant partie du système limbique et jouant un rôle dans la mémoire à long-terme.
4. Qu’arriverait-il si je m’endormais durant l’examen IRM?
Alors que pour certaines personnes l’IRM est une source de stress, d’autres trouvent l’expérience presque « thérapeutique » et relaxante, allant jusqu’à s’endormir dans le scanner. Heureusement, l’activité cérébrale ne s’arrête pas lorsque l’on dort (!), donc les images peuvent continuer à être enregistrées. Si l’endormissement peut être problématique dans un examen IRM où les participants doivent écouter des instructions et exécuter des tâches, cela peut sembler moins clair pour l’IRM au repos. Ainsi, est-ce que s’endormir peut avoir des conséquences sur les images de l’IRM? Quels sont les impacts sur la connectivité perçue entre les régions cérébrales lorsque l’on dort?
(Image generated by ChatGPT – DALL·E (OpenAI), 2025.)
Soehner et collaborateurs (2020) ont tenté de répondre à ces questions, en se penchant sur une population de 150 jeunes adultes qui ont été séparés en deux groupe, l’un composé de participants ayant un trouble de santé mentale, et l’autre sans trouble. Parmi ceux-ci, 44% se sont endormis dans le scanner, mais cet endormissement n’était pas lié à la sévérité des symptômes éprouvés, ou encore au diagnostique psychiatrique. Chez les personnes ayant dormi durant l’examen, une plus faible connectivité entre les régions à l’intérieur même du réseau du mode par défaut (pour plus d’informations, il est possible de se référer à la première partie de cette série d’articles). Lorsque les analyses étaient effectuées seulement avec les participants qui étaient restés éveillés, il était possible de soulever une relation entre certains symptômes de troubles psychiatriques (dépression, anxiété et manie) et la connectivité entre des régions d’intérêt, mais cette relation se voyait atténuée lorsque les participants ayant rapporté s’être endormi étaient inclus dans ces analyses. Ces résultats montrent l’importance de tenir compte de l’état des participants durant les scans IRMf, puisque l’endormissement peut influencer les signatures neuronales de connectivité.
Bien évidemment, il préférable de s’endormir dans le scanner que d’être nerveux durant l’examen : c’est pourquoi il existe des méthodes de correction visant à réduire les effets de la somnolence sur la connectivité fonctionnelle! Une équipe de chercheurs s’est justement donné comme objectif d’identifier les meilleures méthodes permettant de moduler les impacts de la somnolence en IRMf au repos, mais l’essentiel reste que, peu importe la méthode utilisée, toutes contribuaient à minimiser la différence entre les sujets endormis et les sujets éveillés (Joliot et al., 2024).